L'affaire Frédéric Mitterrand me donne des boutons. Sans doute parce qu'elle incarne la vacuité des préoccupations politiques et médiatiques de notre temps mais aussi parce qu'elle titille la moralité supposée de chacun d'entre nous.

Résumons.

1 - Le ministre de la culture du gouvernement de la France est notoirement homosexuel. Les Français n'y voient rien à redire et même rien à dire. Heureusement d'ailleurs! Sa vie privée ne regarde que lui, et la visibilité de ses attachements amoureux indiffère la sphère publique. Elle ne doit pas y entrer.
2 - Le ministre de la culture du gouvernement de la France fut choisi par le chef de l'état parce qu'il a compétence et vocation à défendre les intérêts des artistes et qu'il sait de quoi il parle : écrivain et cinéaste, Frédéric Mitterrand fait état d'une œuvre modeste mais saluée par les connaisseurs. Il est, moins que Malraux mais davantage que Jack Lang, un homme de plume, un créateur. Il est l'auteur d'un livre autobiographique intitulé La Mauvaise vie, considéré comme un livre attachant et sincère. Il sait lire, écrire et penser, ce qui n'est pas si mal dans le monde du pouvoir d'aujourd'hui.
3 - Il se trouve que le ministre de la culture du gouvernement de la France s'est ému, à mon goût vite et mal, des conditions étranges de l'arrestation du cinéaste franco-polonais Roman Polanski, poursuivi pour viol et pédophilie par la justice américaine. La maladresse de la communication institutionnelle du ministre a dérangé. Elle a suscité le doute et la suspicion : pourquoi Mitterrand avait-il à cœur de défendre un criminel? La sensibilité sexuelle du ministre fut-elle à l'origine de cette parole mal comprise par l'opinion?
4 - Marine Le Pen (mégère de l'ordre moral), Benoît Hamon (stalinien déguisé en beau gosse), portèrent les premières accusations en forme d'amalgame : Mitterrand avait écrit jadis des trucs infâmes dans La Mauvaise vie, et il fut facile pour la première de dire que le ministre, comme son très cher ami Polanski, était pédophile, il fut facile pour le second de faire entendre qu'un ministre de la République se doit d'être moralement irréprochable, qu'il fallait qu'il démissionne.
5 - L'opinion publique, déchaînée contre Polanski, avait la voie ouverte pour emboîter le pas au FN et aux staliniens du PS : manifestement, Frédéric Mitterrand n'était pas seulement l'homosexuel notoire que tout Paris connaît, il était aussi et surtout un horrible amateur de jeunes thaïlandais qu'il payait dans des élans libidineux qu'on nomme aussi, quand on est poli, du "tourisme sexuel".
6 - Le livre de Mitterrand, par quelques hyperboles savantes, devint donc rapidement la bible de la pédophilie qui ne dit pas son nom et une apologie du tourisme sexuel. A entendre ces moralistes effarouchés, et en comparaison, les livres d'André Gide et de Tony Duvert devaient être édités dans la Bibliothèque Rose... Or, pour avoir lu en octobre 2006, dans sa version de poche, La Mauvaise vie de Frédéric Mitterrand, je suis loin de penser que les jeunes amants du ministre furent des enfants. Il doit sans doute remercier la ruse banale de ces corps graciles d'asiatiques qu'il devait chérir...

En résumant les 6 étapes du lynchage médiatique de ce ministre homosexuel, je me dois de préciser deux ou trois choses qui me tiennent à cœur :

  • Il est pour moi inconcevable d'avoir la moindre clémence pour un violeur comme Polanski, si viol il y a eu. Tout psychiatre sait que, pour toujours, l'univers mental d'une jeune fille violée est poursuivi par la violence subie. Dans le viol, le corps meurt, le plaisir est condamné, une culpabilité fantôme assaille la moindre volonté d'être autonome.

  • Il est pour moi inconcevable de légitimer toute forme, même exotique, de pédophilie. Comme chacun sait, le grand principe de l'amour sexué est l'égalité, une égalité traduite par le consentement.

  • Qu'il s'agisse des hétérosexuels ou des homosexuels, il est malheureux de penser que des êtres humains puissent avoir besoin de rapports sexuels tarifés pour assouvir leur plaisir.

Alors maintenant, que reproche-t-on au ministre de la Culture? Son homosexualité? Non. La visibilité avec laquelle il l'incarne dans une œuvre littéraire? Non. Une pédophilie avérée? Non. Le recours aux prostitués? Non. On lui reproche, en somme, par maladresse et naïveté, de donner à voir l'ambiguïté de bien des zones inconnues pour la France hétérosexuelle du journal de 20 heures. Marine Le Pen continue de hurler : Mais dans son livre, il emploie le mot de "gosses" pour parler de ses jeunes thaïlandais ! Le mot "gosse" ne veut rien dire, Madame. La preuve : Julie l'a employé pour définir Benoît Hamon, au paragraphe 4 du résumé ci-dessus...

mitter

king rameur

Hier, pourtant, devant Laurence Ferrari (TF1), poignant et fragile face au besoin de se défendre, le ministre de la Culture a dérapé. Oui. Il a voulu vieillir la jeunesse aimée, il a évoqué un boxeur thaïlandais de 40 ans avec lequel il avait couché. Arrête, s'il te plait, Monsieur le ministre. Tu es homo, c'est super. Tu aimes les asiatiques? Génial. Prendre l'avion pour coucher avec un boxeur de 40 ans, c'est pas un peu ballot, ça? Y'a de jolis spécimens musclés à Paris, au King Sauna... Ces littéraires, il faut toujours qu'ils en rajoutent !


Julie